Montag, 15. Mai 2017

Huguette Dreikaus (2)

Assis, couché, debout !
Permettez que je pousse un cri de bonheur ! Yououououououou ! J’adore les cris écrits. Ils font moins de bruit et ils duuuuuurent le temps que dure la feuille sur laquelle ils sont inscrits. 
Mon yououououou est donc un cri qui résonnera longtemps dans votre souvenir. C’est un cri de joie, un cri d’allégresse : je suis heureuse. Heureuse d’être bilingue. C’est un sentiment permanent, mais qui est exacerbé de temps à autre.

Une langue, c’est une culture
Il suffit de peu. Comme hier. J’étais assise sur ma chaise de bureau, devant une feuille blanche. Pour me donner contenance je me suis mise à chantonner : « Je suis assise... Je suis assise, ich sitz ». Et c’est là que je me suis à nouveau rendu compte d’une évidence : une langue, c’est une culture et « sitze » ne veut pas toujours dire « être assis ». Der Gauner « sitzt » im Giggerle. Le criminel est en prison. Miner Huet « sitzt » ! Mon chapeau me va comme un gant. « Er hett se sitze lonn ». Il l’a quittée. Comme elle est riche notre langue ! « Ich sitz awer es hett mi niemes sitze lonn ». Je suis assise mais personne ne m’a quittée. J’ai chanté ce texte sur cette mélodie « triomphale » qu’on utilise dans la cour d’école pour chanter « eh ben maman elle est plus belle que la tienne na ! na ! na ! ». Inutile de vous dire que j’étais guillerette, jusqu’au moment où j’ai à nouveau été assaillie, comme un enfant, par une question du type « pourquoi ? ». Vous savez une de ces questions si difficiles qu’elles jettent les parents dans le désespoir. Une question du genre : « Pourquoi on glisse sur la glace ? ». « Pourquoi on se voit à l’envers dans le miroir ? ». Hier après-midi, donc, je me suis posé la question : « Pourquoi seuls les humains peuvent-ils s’asseoir ? ».
Ma maman aurait dit « parce que c’est dans leur nature ». Ce n’est pas faux, mais je voulais savoir pourquoi c’était dans la nature de l’homme de s’asseoir.
Et j’ai trouvé ! Ou plutôt, j’ai trouvé l’homme qui a trouvé. Il s’appelle Peter Sloterdijk
« Plus tu es assis plus tu es cultivé » 

Et voilà ses thèses. L’être humain debout est à l’affût. Dans la préhistoire, il était à l’affût du gibier, de nos jours il est à l’affût du bus ou de la bonne occase dans sa supérette. L’être humain couché agit pour satisfaire l’instinct de conservation : il dort pour ne pas mourir et il se reproduit pour ne pas faire mourir l’espèce humaine. Là, rien n’a changé depuis l’homme de Cromagnon. Et alors, à quoi sert la position assise ?
Eh bien la position assise est la position favorable à l’acquisition de la culture, dixit Peter Sloterdijk. On est assis à l’école, devant son ordinateur, devant la télé, devant la scène du théâtre et de l’opéra. Et je ne vais pas oublier la culture des mots croisés résolus en position assise dans les trains, les salles d’attente et les saunas. Si on part de la théorie suivante : « Plus tu es assis plus tu es cultivé », on se rend compte que cette théorie ne s’applique pas en Alsace où il faudrait dire « wer sitze bliet isch dumm ». Car pour nous les Alsaciens « dee wie sitze bliewe » (ceux qui restent assis) sont ceux qui redoublent les classes. Etre bilingue empêche les certitudes !

Nashenka sagt: Nach den unerwartetem Erfolg des vorigen  Schwankes – bis jetzt 457 „Hits“ freut es mir noch dieser vermitteln  zu können  ;-)

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